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02.10.2012

Le bénévolat, victime de la crise des valeurs ?

Nous semblons vivre dans un monde égocentrique, où chacun se préoccupe tout d’abord de sa propre personne et ne perd plus guère de temps à songer au bien commun.

Dans ce contexte, il paraît évident qu’il devient de plus en plus difficile de trouver des bénévoles prêts à travailler dans des clubs sportifs. Cette hypothèse est-elle vraiment exacte ? Le temps des bénévoles est-il bel et bien révolu ? 

Anciennes et nouvelles valeurs

En publiant son étude intitulée « La révolution silencieuse » en 1977, la politologue américain Ronald Inglehart a lancé un débat qui se poursuit encore aujourd’hui. Il a déclaré qu’un profond changement de valeurs s’opérait dans les sociétés hautement développées et que les préoccupations liées à la sécurité et au devoir cédaient le pas à l’épanouissement personnel et à l’individualisme. Ce que Ronald Inglehart considérait comme une évolution positive, annonçant une société plus ouverte, a été par la suite souvent été interprété de façon pessimiste comme un déclin des valeurs, résumé sous forme de d’expressions antithétiques : le plaisir au lieu de la performance, les loisirs au lieu du travail, l’égoïsme au lieu de la solidarité, les émotions fortes et immédiates au lieu de l’entraînement systématique.

Nous pouvons constater aujourd’hui que ces oppositions simplistes ne suffisent pas à rendre compte de toute la situation. Les anciennes valeurs n’ont pas purement et simplement disparu, elles ont été complétées par de nouvelles représentations. Nous avons donc plus affaire à une diversification qu’à un déclin des valeurs. Pour comprendre ce que cela signifie, il suffit de regarder le monde du travail : la plupart des gens continuent de travailler aujourd’hui avec la même assiduité et avec le même sens du devoir. Mais parallèlement, ils cherchent un sens à leur activité et souhaitent en retirer une satisfaction, estimant que le travail peut tout à fait procurer du plaisir. En d’autres termes, le sentiment du devoir et l’envie d’épanouissement personnel ne s’excluent pas : ils se complètent.

Plus épanoui grâce au bénévolat

Ce qui vaut pour le travail rémunéré s’applique également aux activités bénévoles, mais dans une mesure particulière. C’est précisément parce qu’il implique des activités exercées et choisies librement que le bénévolat possède un fort potentiel en ce qui concerne l’épanouissement personnel. On ne s’engage en effet pas parce que l’on est obligé ou que l’on sera largement rémunéré, mais parce que l’on croit à ce que l’on fait et que l’on est en mesure d'apporter sa contribution à un objectif commun.

L’étude récemment publiée sur les clubs sportifs montre également ceci : non seulement plus de 90 % de tous les bénévoles des clubs sont satisfaits de leur activité, mais ils sont en mesure d’énumérer une multitude de raisons différentes pour expliquer pourquoi ont choisi cette fonction : par plaisir (94 %), pour faire bouger les choses ensemble (85 %), pour être avec des gens sympathiques (80 %), pour aider les autres (79 %), pour élargir ses connaissances et son horizon d’expérience (74 %). Telles sont les réponses données par au minimum trois quarts des personnes interrogées. Nous avons donc affaire à une large palette de motifs en rapport avec la solidarité, le développement personnel et la société.

Nouvelles stratégies de recrutement

Pourquoi de nombreux clubs ont-ils malgré tout des problèmes à recruter des bénévoles ? De toute évidence, cela ne semble pas tenir à la motivation fondamentale des bénévoles. La diversité même des motifs qui expliquent un engagement volontaire renvoie cependant à un changement important, conséquence de la diversification des valeurs : les bénévoles qui apportent leur contribution aujourd’hui le font moins par sens du devoir que pour apprendre de leur mission et en retirer un bénéfice.

La conséquence pour le recrutement des bénévoles est la suivante : évoquer la pression, le sens du devoir, l’honneur, la reconnaissance n’est plus une stratégie de recrutement adéquate aujourd’hui. Les bénévoles modernes et responsables désirent un cadre qui leur permette non seulement de développer leurs capacités, mais également de s’épanouir grâce à l’échange avec les autres. De nombreux clubs ont bien compris cette nouvelle situation et s’efforcent de créer un environnement où les différents besoins et les motivations de chacun ont leur place.

Les bons bénévoles restent une denrée rare !

Pourtant, la recherche des collaborateurs adéquats s’apparente parfois à une mission impossible, non pas parce que les valeurs ont changé, mais parce que beaucoup de postes aujourd’hui requièrent des connaissances d’expert. Cela vaut aussi bien pour le responsable financier, qui doit avoir des connaissances en comptabilité, que pour le président qui doit connaître les ficelles du marketing et être familier du travail avec la presse, ou encore pour les responsables de l’entraînement dont on attend un soutien scientifique solide, à la pointe de la recherche.

C’est précisément parce que les exigences requises ne cessent d’augmenter que les bénévoles aux qualifications optimales sont rares. Les bénévoles doivent en outre investir une certaine quantité de temps et doivent donc généralement être convaincus de s’engager, même s’ils éprouvent réellement du plaisir à exercer cette activité. L’environnement peut là aussi permettre de garantir une harmonie optimale de l’engagement sportif, bénévole, professionnel et familial.

Remarque : 

L’étude sur les clubs sportifs et les fédérations suisses, soutenue par Swiss Olympic, qui vient juste de paraître, fournit des informations supplémentaires sur cette thématique : LAMPRECHT, Markus, FISCHER Adrian, STAMM Hanspeter. Die Schweizer Sportvereine. Strukturen, Leistungen, Herausforderungen. Zurich : Seismo, 2012.

Source : Swiss Olympic

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